Les Centres d’apprentissage libre au Québec : l’exemple d’E.L.A.N.

De nombreuses écoles démocratiques existent dans le monde mais ces établissements ne sont pas (encore !) légaux au Québec. Plus précisément, ils ne peuvent recevoir le nom « d’écoles » s’ils ne s’engagent pas à respecter le curriculum imposé par le ministère de l’éducation. Cette obligation n’est absolument pas compatible avec la philosophie défendue par ces écoles qui considèrent que les enfants doivent être libres de faire des apprentissages selon leurs intérêts, au rythme qui leur convient et de la manière qui les motive (par exemple par le jeu).

L’absence de soutien officiel à ces pratiques pédagogiques alternatives et innovantes est certainement dûe à une méconnaissance du sujet et des études montrant les bénéfices de ces pratiques sur l’apprentissage et l’épanouissement des enfants. Cela pourrait également venir (en partie) d’une certaine paresse intellectuelle qui pousse les décideurs à préférer le statut quo, c’est-à-dire continuer de soutenir des pédagogies vieilles de plusieurs décennies plutôt que de se demander comment on pourrait vraiment améliorer l’éducation au Québec : en la repensant entièrement, en s’inspirant des découvertes récentes en neurosciences et en prenant exemple sur ce qui fonctionne dans d’autres pays voire d’autres provinces (pour rappel les écoles démocratiques sont légales chez nos voisins Ontariens).

Ainsi, quand on à la certitude que le modèle d’école classique proposé au Québec n’est pas adapté à notre enfant, il ne reste aujourd’hui qu’à se tourner vers l’éducation à domicile. Aujourd’hui, plus de 2000 enfants sont officiellement scolarisés à domicile au Québec mais on estime que ce nombre est bien plus grand (près du double) si l’on compte les enfants qui ne sont pas inscrits dans une commission scolaire. Cependant la décision n’est pas toujours facile à prendre. Il faut se rendre disponible pour son enfant, s’engager à lui apporter un environnement riche en découvertes, pouvoir suivre ses intérêts, s’assurer qu’il est bien entouré tant par des enfants de tout âge que des adultes inspirants et qu’ainsi il reste « socialisé ». Cette nouvelle vie a nécessairement d’importantes répercussions sur la vie professionnelle des parents et la stabilité financière du foyer.

 

Heureusement des parents motivés se sont organisés pour résoudre ce problème.

On voit peu à peu se développer des Centres d’apprentissage libre qui permettent aux parents pratiquant l’éducation à domicile de fournir un environnement riche et stimulant à leurs enfants et également de pouvoir travailler puisque leurs enfants sont accueillis toute la journée dans ce lieu.

Plusieurs centres d’apprentissage libre ont ouvert notamment dans la région de Montréal (Centre Communidée, Mont-Libre: Centre d’apprentissage agile de Montréal) et près du Lac Brome (L’Happy place ).

J’aimerais aujourd’hui vous parler du projet E.L.A.N. (Espace Libre d’Apprentissages Naturels) qui se développe dans la région de Bromont/Sutton/Cowansville. Si vous êtes intéressé par ce projet, je vous invite à visiter leur page Facebook.

Il s’agit d’un projet de Centre libre d’apprentissage crée par un collectif de parents qui se mobilisent pour offrir un lieu permettant une éducation libre, des apprentissages naturels, initiés par l’enfant. Leur centre libre d’apprentissage est inspiré du modèle de la Sudbury Valley School (voir cet article).

Les parents utilisateurs du Centre sont officiellement responsables de l’éducation de leurs enfants et doivent donc se soumettre aux contraintes et règlementations imposées par les commissions scolaires (par exemple préparer des porte-folios).

Le Centre est un lieu où les enfants viennent faire des découvertes et apprendre librement selon leurs centres d’intérêt, dans un climat de bienveillance.  Les principes fondamentaux d’E.L.A.N. sont la mixité des âges, l’auto-apprentissage accompagné, le jeu libre et la vie sociocratique.

Les enfants ou « apprenautes » de 5 à 17 ans y seront accueillis du lundi au vendredi, toute l’année à l’exception de 2 semaines durant les fêtes. Bien que le Centre soit ouvert à l’année, les enfants peuvent évidemment s’absenter pour des vacances en famille pendant autant de temps que désiré et ceci sans contrainte de respecter une quelconque période de vacances scolaires. Durant l’été, les enfants pourront donc continuer leurs découvertes et explorations si riches durant la période estivale sans devoir être redirigés vers un camp d’été. Il est d’ailleurs question d’ouvrir un volet camp de jour pour les jeunes de l’extérieur qui auront ainsi l’occasion de vivre l’expérience des apprentissages autonomes dans une atmosphère bienveillante.

Il y aura 25 apprenautes la première année puis l’effectif devrait augmenter d’année en année selon la demande et le financement. Des adultes référents employés du centre seront présents quotidiennement et auront un rôle de facilitateur pour accompagner les enfants dans leurs découvertes. Un facilitateur n’est pas un professeur mais un référant auquel l’enfant peut demander de l’aide ou un accompagnement particulier sur un sujet qui le passionne. L’idée est ici d’aider les enfants dans leurs apprentissages en s’adaptant à leurs demandes et à leurs besoins et non pas de délivrer un enseignement magistral. Les enfants y seront libres de vaquer à leurs occupations (jeu, musique, lecture, jardinage, ébénisterie, informatique, sport, etc) tant qu’ils respectent les règles de vie commune qui seront décidés par le conseil E.L.A.N. Ce conseil E.L.A.N. réunira tous les facilitateurs et tous les apprenautes. Le mode de gouvernance reposera sur la sociocratie et les décisions se prendront par consentement. Il s’agit d’un processus de décision qui vise à évaluer les arguments « pour » et « contre » une proposition. L’idée est de travailler en groupe de manière constructive (et imaginative) afin d’éliminer tous les « contres » permettant ainsi à la proposition d’être adoptée. Les facilitateurs seront tous formés à la sociocratie en amont et les enfants y seront également formés par la pratique lors des conseils.

Les enfants pourront ainsi décider des apprentissages qu’ils souhaitent faire chaque jour. Ils pourront solliciter les adultes (facilitateurs et bénévoles) ou les autres enfants pour atteindre leurs objectifs.

Les parents devront s’engager à fournir au moins 20 heures de bénévolat par an mais ils sont incités à s’impliquer davantage s’ils ont des compétences qu’ils souhaitent mettre au profit de la communauté d’E.L.A.N. Il s’agira donc d’un lieu d’apprentissage et de vie ouvert sur la communauté et encourageant les échanges multi-générationnels. Ainsi les ainés de la communauté intéressés seront invités à transmettre leurs compétences et savoir-faire aux plus jeunes.

Les frais de scolarité seront fixés à 15$ par jour par enfant (13.5 $ à partir du 2ème enfant). Il est question, si la demande des parents est assez forte, que le projet propose un espace de co-working pour les parents travailleurs autonomes qui veulent éviter de faire trop d’aller-retours.

 

Quelle belle idée !

Je ne peux qu’encourager ce projet de tout mon cœur. Il est porté par une équipe très motivée et organisée. Les parents à l’origine du projet sont prêts à s’y engager, pour certains à temps plein.

Il ne reste plus qu’à trouver le lieu qui abritera ce petit paradis pour enfants. L’équipe d’E.L.A.N. recherche activement à louer une maison avec un terrain assez grand pour accueillir ce beau projet, idéalement dans la région de Bromont qui est située de manière centrale par rapport aux familles déjà intéressées par le projet.

Je relaie ici leur appel, si vous connaissez un lieu qui pourrait être loué pour E.L.A.N., n’hésitez pas à  contacter Kathleen Bourdeau par courriel (kathbourdeau@hotmail.com).

Il s’agit d’une formidable opportunité de démontrer que les enfants, s’ils sont baignés dans un environnement bienveillant, reposant sur la confiance en leurs compétences et leurs capacités innées d’apprentissage, peuvent devenir des êtres épanouis, autonomes, sûrs d’eux, prêts à prendre leur vie en main.

Une réunion d’information et de pré-inscription a eu lieu à Cowansville le 7 mai dernier. La salle était pleine. Les parents ont semblé conquis par le projet.

À l’issue de cette réunion, j’ai pu poser quelques questions à Anne Mergault, une des cofondatrices du projet. Je vous livre notre entretien dans cet article.

 

4 réponses sur “Les Centres d’apprentissage libre au Québec : l’exemple d’E.L.A.N.”

  1. C’est EXACTEMENT le milieu de vie d’apprentissage que je souhaite pour mon fils! L’école Dynamique en France fait pour moi tellement de sens!! Si j’habitais dans votre région, je serais définitivement engagée dans ce magnifique projet! C’est ce que je recherche pour mon fils, ici à Montréal, et pour l’instant il n’existe pas encore.

    Bravo, bravo! Et j’espère que votre projet inspirera d’autres parents à bâtir cet espace de vie à Montréal aussi! 🙂

    1. Je suis ravie que le projet vous plaise. C’est en effet un projet qui fera certainement (en tout cas je l’espère) des petits partout au Québec !

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