Ma semaine à la Ferme des enfants (Premier épisode): la bienveillance éducative

La bienveillance

Un des premiers thèmes abordés pendant la formation était la violence éducative ordinaire, notion dont j’avais déjà entendu parler lors de la conférence de Sophie Rabhi en septembre 2016 au Congrès de l’Écologie de l’Enfance. Il s’agit d’un concept décrit en 1984 par Alice Miller dans son livre « C’est pour ton bien » (voir lien plus bas) et qui désigne l’ensemble des violences physiques, verbales ou psychologiques qui portent atteinte à l’intégrité de l’enfant soit en le faisant souffrir immédiatement (par exemple une fessée) soit en modifiant/perturbant son développement et notamment son estime de soi. Alice Miller a montré que de nombreuses violences dans l’histoire ont été perpétrées par des personnes ayant subies de lourdes violences éducatives dans leur enfance. Elle explique que l’on a tendance à répéter ce que l’on a vécu soi-même et donc que le seul moyen de limiter la violence de notre monde est de supprimer les violences éducatives ordinaires de notre palette éducative de parent. Ce terme englobe une très grande variété d’actions (par exemples des punitions, du chantage, des manipulations) que la plupart des parents et éducateurs emploient régulièrement avec les enfants sans y voir de mal et tout en étant très bien intentionnés. Il s‘agit aussi parfois de refuser de l’affection à un enfant (par exemple un câlin) par manque de temps, pour le punir ou par peur qu’il devienne « capricieux ».  Une éducation exempte de toute violence éducative est difficile à mettre en place, surtout lorsque soi-même on a reçu ce genre de brimades, même mineures. Je vous décris plus bas quelques clés pour s’engager sur la voie de la parentalité positive et bienveillante.

Son livre que je vous conseille :

 

Le second thème abordé lors de la formation était celui de la théorie de l’attachement.

Quatre types de lien d’attachement ont été mis en évidence notamment par les expériences de Mary Ainsworth (publiées en 1967) lors desquelles des enfants de 18 mois et leurs parents (appelés figures d’attachement ou « caregivers ») étaient observés lors de situations de séparations/retrouvailles. Ces liens d’attachement ont été caractérisés par le comportement de l’enfant lors de ses situations (enfant plus ou moins sécurisé avec les inconnus, plus ou moins collé à son parent lors de la séparation ou des retrouvailles) et mis en lien avec les habitudes parentales (par exemples parents faisant preuve de réponses rapides aux besoins de l’enfant ou plus aléatoires). Voici donc les 4 types de liens d’attachement généralement décrits dans la littérature :

Kangourou (lien d’attachement sécure) :

  • le parent répond de manière rapide et appropriée aux appels de l’enfant. Il est cohérent, attentif, empathique. Il est sensible aux signaux de détresse de l’enfant.
  • l’enfant est sécurisé, recherche le contact avec sa figure d’attachement (parent ou caregiver), sans pour autant être perturbé par la séparation car il va trouver du réconfort auprès de la personne qui sera auprès de lui. Il a toutefois une nette préférence pour sa figure d’attachement qui constitue sa base de sécurité.

Tortue (lien d’attachement insécure évitant):

  • le parent s’implique peu dans la relation d’attachement. Il incite l’enfant à se débrouiller seul, décourage ses pleurs et nie ses sentiments.
  • l’enfant ne compte pas sur son parent pour le réconforter. Il évite le contact avec son parent lorsqu’ils se retrouvent après une séparation. Il montre peu de détresse lors d’une séparation, l’évitement du contact physique est sous-tendu par une certaine colère plus que par de l’indifférence.

Hérisson (lien d’attachement insécure désorganisé) :

  • le parent, focalisé sur lui-même et ses émotions, va avoir des comportements de rejet, d’agressivité et d’abandon. Il n’a pas les ressources pour faire preuve d’empathie.
  • l’enfant, lorsqu’il retrouve son parent après une séparation, se fige dans une posture évoquant l’appréhension, la confusion, voire la dépression. Il présente des comportements désorganisés et contradictoires tels qu’approcher le dos en avant.

Le singe (lien d’attachement ambivalent-résistant ou anxieux-résistant):

  • le parent répond de manière aléatoire aux besoins de l’enfant. Il passe d’un état à l’autre (réponses appropriées versus négligentes) et présente une disponibilité variable en qualité comme en quantité. Il est imprévisible.
  • l’enfant  n’est pas capable d’utiliser son parent ou caregiver comme base de sécurité. Il recherche la proximité avant que la séparation ne survienne. Il est très malheureux lorsque le parent est absent mais ne veut pas de contact quand il revient. L’enfant fait preuve d’une certaine ambivalence. L’enfant résiste à être pris dans les bras par son caregiver mais également se met en colère et proteste s’il est posé. Il est préoccupé par la disponibilité du caregiver.

Au-delà des réactions observables lors d’une séparation, la nature de ce lien d’attachement a des conséquences profondes sur le comportement social et le développement émotionnel de l’enfant, bien après sa petite enfance. De multiples études ont maintenant établi que le développement affectif équilibré d’un enfant passe par un comportement affectif soutenant, cohérent et constantCatherine Gueguen et Isabelle Fillioza ont montré les conséquences néfastes des comportements créant un lien d’attachement insécure (par exemple laisser pleurer un enfant pour qu’il apprenne à se réconforter seul) sur le développement du cerveau de l’enfant.

Voici le livre de Catherine Guéguen que je vous conseille vivement :

La plupart des parents se sentent désemparés et mal outillés pour faire face aux comportements parfois inadéquats de leurs enfants. Il peut alors être utile de se former à la « parentalité positive » afin de pouvoir en tout temps (ce qui est très dur) faire preuve de bienveillance et d’empathie. Ce type de changement de posture demande beaucoup d’ajustements et de patience.  Il faut prendre le temps d’acquérir et de tester dans la durée les nouveaux outils de communication avant de juger de l’efficacité de cette nouvelle relation parent-enfant.

Pour faciliter cette transition, la Communication Non-Violente (CNV) est un outil de choix. Il s’agit là de la découverte la plus marquante que j’ai faite pendant cette formation.

Je vous décris ce formidable outil dans le deuxième épisode de cette série d’articles (à venir très bientôt).

 


Pour ma part, le défi est d’abandonner mes réflexes de maman singe pour devenir une supère maman kangourou. Quelles difficultés je peux avoir à rester calme et empathique en toute circonstance !  Je vois pourtant de manière très claire l’impact que mon comportement a sur ma fille.  Mes hésitations sur l’attitude à tenir, mes tergiversations sur plus ou moins de limites, de « non », voire  de punitions, mes efforts (quand j’ai eu une nuit correcte) pour faire preuve d’une totale écoute active bienveillante malgré les cris et les pleurs me placent d’emblée dans la catégorie des mamans singes au comportement incohérent et imprévisible. 

Je vous livre ici, les étapes qui me semblent nécessaires pour faire ce chemin vers le « kangourou »:  1) prendre conscience de notre responsabilité dans les comportements de nos enfants qui nous « agacent » et nous semblent irrationnels, 2) se documenter sur la théorie de l’attachement, 3) s’outiller pour pouvoir mieux réagir au quotidien (notamment en regardant les vidéos ou en lisant les livres d’Isabelle Filliozat), 4) faire le point sur les sources de stress, qui dans notre vie, nous empêchent de répondre de manière appropriée à notre enfant, 5) être bienveillant envers soi-même et ainsi se constituer des ressources nous permettant d’être bienveillant envers les autres et pour cela se former à la CNV !!!


 

 

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2 réponses sur “Ma semaine à la Ferme des enfants (Premier épisode): la bienveillance éducative”

  1. Mon ressenti est de me dire à quel moment il faut être à l’écoute et à quel moment il faut laisser de l’autonomie. Je suis persuadé qu’il faut donner des clés aux enfants pour qu’ils évoluent eux-aussi sans être « couvés ». Le fait de passer à parent singe à kangourou est complexe, et est un chemin, je pense, nécessaire.
    Merci de cet éclaircissement pour limiter réduire les pièges.

    1. Merci de ton retour Karl. En effet, accompagner nos enfants sur le chemin de l’autonomie avec bienveillance est une source de beaucoup d’apprentissages et de questionnements pour les parents que nous sommes 😉

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