Ma semaine à la Ferme des Enfants (Deuxième épisode) : La Communication Non Violente

Je continue ma série sur la Ferme des Enfants en vous faisant part de ce que j’ai appris sur la Communication Non Violente (ou CNV) .

En effet, au cours de la formation, Sophie nous a expliqué les bases de la CNV qui tient une place très importante à la Ferme des Enfants, notamment pour résoudre les conflits entre les citoyens.

J’avais déjà entendu parlé de cette pratique et j’avais cru comprendre qu’il s’agissait d’une façon de bien négocier et de limiter les frustrations liées aux problèmes de communication. J’avais la sensation qu’il s’agissait là d’une méthode bien compliquée que l’on ressortait en cas de blocage majeur afin de simplifier une communication défectueuse. Or grâce aux explications de Sophie, à un exercice de mise en situation (que je vous décris plus bas) et à ma lecture de la bible de la CNV (« Les mots sont des fenêtres » de Marshall Rosenberg), je me suis rendue compte que c’est bien plus que ça.

La CNV est une nouvelle façon de vivre et cela s’adresse d’abord à soi-même avant d’être un outil pour communiquer avec les autres.

Le livre de Marshall Rosenberg, que je vous conseille vivement. Très facile à lire, il va changer votre vie !!!

Il s’agit tout simplement de savoir être à l’écoute de nos propres besoins et envies et d’être bienveillant envers nous-même en pratiquant l’auto-empathie.

Cela peu paraître d’abord flou et un peu perché comme pratique mais, moi qui suis assez cartésienne, j’ai été convaincue par la logique évidente derrière cette pratique et par le protocole simple et très balisé à mettre en place.

La CNV part du principe que chaque être humain a des besoins, que chaque besoin est légitime et que la plupart des conflits provient d’un besoin inassouvi. Personnellement, je trouve cette idée incroyablement rassurante et porteuse d’espoir.

Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants. En CNV, on distingue deux façons de penser et de parler, deux « langues » : 1) la langue « chacal », celle du reproche et du jugement où le ressenti de l’autre est ignoré (on ne fait alors pas preuve d’empathie mais on est plongé dans nos propres émotions « à chaud »); 2) la langue « girafe » qui est empreinte d’empathie sincère et dénuée de tout jugement.

Chacun est responsable de combler son besoin, et donc de s’arranger pour que son besoin soit comblé tout en respectant les besoins des autres.

C’est là, la force de la méthode: fini les « je vais prendre sur moi, faire des efforts, essayer de changer pour devenir meilleur ». Il s’agit de comprendre ce qui nous manque profondément et d’en faire la demande afin de trouver une solution qui convienne à tout le monde.

La communication non violente permet donc de combler nos besoins profonds et ceux des autres par des sortes de compromis gagnant-gagnant.

Je trouve que c’est un outil magique qui permet de se responsabiliser. Une autre idée que je trouve fort intéressante est que, lorsqu’on est en colère contre quelqu’un, on doit se demander pourquoi on est vraiment en colère. Car chaque situation peut être vue de manière très différente selon le point de vue et l’état émotionnel de chacun. Ce qui nous énerve, n’énervera peut-être pas notre voisin. Bien que l’attitude de l’autre puisse être un facteur déclencheur, la colère prend son  origine en nous. En cherchant à en comprendre l’origine, on va identifier le besoin inassouvi qui se cache derrière et il nous restera plus qu’à trouver comment le combler.

Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants. ll illustre les besoins cachés derrière la colère et la manière de recevoir cette colère en mode « girafe ».

Ainsi la colère de chacun lui appartient. Le corolaire de ceci est qu’on ne doit plus projeter nos peurs sur l’autre, ne plus se demander ce que l’on a fait pour l’agacer. C’est à l’autre de faire le travail pour comprendre l’origine de sa colère.

Cette philosophie allège beaucoup notre propension à nous auto-flageller et nous sentir responsable des mauvaises humeurs de notre entourage. On ne projette plus. Personnellement je respire beaucoup mieux !!!

 

Le bonhomme OSBD tiré de Wikipédia.

La méthode de la CNV peut paraitre assez fastidieuse au début.  Mais il est nécessaire de la suivre à la lettre, au début, afin d’automatiser cette nouvelle « gymnastique mentale ». Cette méthode est appelée OSBD (pour Observation, Sentiment, Besoin, Demande) est souvent illustrée par un bonhomme (voir image ci-contre).

Les quatre étapes à suivre sont donc :

  1. Observer  la situation et la décrire de manière objective;
  2. identifier et dire notre Sentiment face à cette situation, « parler en je »;
  3. comprendre quel est le Besoin derrière ce sentiment et l’exprimer;
  4. formuler une Demande à l’autre afin de combler notre besoin.

Par exemple, au lieu de dire « J’en ai marre, c’est toujours moi qui fais les courses !! », qui sonne comme un reproche, on pourrait suivre la démarche ci-dessus et dire: « Cette semaine, j’ai fait les courses lundi, mercredi et jeudi. Aujourd’hui je me sens fatiguée. J’ai vraiment besoin de me reposer, ça te dérangerait de les faire aujourd’hui ? ». Dans cette version, on évite de généraliser (« toujours »), on décrit les faits, on expose clairement notre besoin et on fait une demande précise.

En CNV, on n’exige rien de l’autre mais on part du principe qu’en parlant en « je » et en exprimant nos sentiments, l’autre ne sentira pas notre demande comme un reproche ou une exigence et sera plus enclin à accéder à notre demande.

Si on reçoit un refus, on peut commencer à discuter plus en détails de nos besoins et de ceux de l’autre et faire une médiation afin de trouver une solution gagnant-gagnant. Avec la CNV, on apprend à ne plus vouloir changer l’autre, à l’accepter tel qu’il est, et à comprendre les éventuels besoins  « cachés » derrière ses actions.

Il existe des règles importantes qui simplifient d’emblée la communication :

  • dans la phase d’observation, il ne faut pas mettre d’éléments perturbateurs de communication qui sont sujets à interprétations. Il faut être le plus précis possible sans y ajouter de jugement personnel. Il faut se rappeler que les valeurs varient beaucoup d’une personne à l’autre. Par exemple si je dis que je me suis levée super tôt ce matin, certaines personnes peuvent penser qu’il était 5h alors que pour d’autres un réveil précoce c’est 7h. Il vaut donc mieux donner l’heure exacte.
  • parler à la première personne (de nos sentiments et de nos besoins) et donc ne pas dire «  tu ne fais pas ci… ». Lorsque l’on commence une phrase par « tu… » la personne va avoir l’impression de recevoir un reproche et sera beaucoup moins enclin à accepter la demande. Au lieu de dire, « tu ne m’écoutes jamais », on pourrait dire « je me sens frustrée, j’ai besoin de sentir plus de compréhension lorsque nous discutons ».
  • ne pas employer les termes imprécis tels que « jamais, toujours, encore » (cf l’exemple des courses) car l’énoncé devient imprécis voire faux. On n’est pas sûr de ce qui est insinué ou non. Cela ouvre la porte à beaucoup d’interprétations et cela peut être reçu à nouveau comme un reproche.
  • formuler une demande précise ( par exemple : « J’aimerais que tu…, Pourrais-tu ?, est-ce que tu serais d’accord ? »). Plutôt que de dire « pourrais tu être plus présent ? », il vaut mieux dire « peux-tu souper avec moi 3 fois par semaine? ». Lorsqu’une demande floue est faite, la plupart du temps l’autre ne sait pas comment y répondre concrètement et ne fait rien.
  • il ne faut pas vouloir changer l’autre. On doit apprendre à formuler des demandes concrètes qui comblent nos besoins sans nier la liberté et la personnalité de l’autre.
  • on accepte le refus, c’est-à-dire que notre demande n’est pas une exigence. On reste ouvert à la réalité de l’autre.
  • si l’autre n’est pas prêt à écouter nos sentiments, nos besoins et notre demande, il peut être judicieux d’inverser les rôles et de faire de l’écoute active (que je décris plus bas) afin que la personne puisse prendre conscience de ses besoins. Souvent cette prise de conscience déclenche une détente immédiate qui facilite la discussion.
  • il est important de ne pas rester dans l’émotion et de bien pousser la démarche jusqu’à l’identification des besoins sous-jacents. On ne peut pas trouver de solution, si on reste dans l’émotion.
  • Il est également important d’identifier avec les mots justes nos besoins et nos émotions. Malheureusement, on a si peu l’habitude de parler de ce que l’on ressent, que l’on ne trouve pas toujours le mot adéquat qui illustre toute la subtilité de notre sentiment. Pour nous aider, des listes d’émotions et des besoins sont fournies dans le livre de Rosenberg et disponibles également sur internet.
Images illustrant diverses émotions, affichées dans la yourte de la médiation afin d’aider les citoyens à identifier leurs émotions de manière plus précise. Pour pratiquer la CNV, il est utile de se souvenir de la palette complète des sentiments et de leur subtilité.

 

Pratiquer la CNV, ce n’est pas seulement exprimer nos émotions et nos besoins mais cela implique également d’apprendre à recevoir un message difficile. Le dessin ci-dessous illustre les 4 façons de recevoir un message difficile, par exemple « tu ne m’écoutes jamais ». 

Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants.

On peut se sentir fautif, rejeter la faute sur l’autre, entendre les sentiments et les besoins en nous ou entendre les sentiments et les besoins en l’autre. Évidemment les deux premières options sont à éviter si on veut faire preuve de bienveillance envers soi-même et envers l’autre. Il est probable que la dernière option (entendre les sentiments et les besoins de l’autre) est celle qui permettra à la situation de se débloquer et ainsi de trouver une solution constructive.

Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants. Il illustre les conditions optimales pour pratiquer la CNV et faire preuve d’empathie envers soi-même et les autres.

On ne peut pas faire preuve d’empathie avec l’autre si l’on n’est pas bienveillant envers soi-même. Pour pratiquer la CNV, il faut donc s’assurer d’avoir les ressources affectives adéquates (voir dessin ci-contre).

On peut ainsi appliquer le procédé à soi-même en faisant de l’auto-empathie qui permet de concilier les deux faces de notre « moi » qui s’opposent parfois. Par exemple, si on est énervé contre quelqu’un (au hasard notre enfant…), une partie de nous peut avoir envie de lui lancer des reproches à propos de ce qui nous agace et que l’on veut changer au plus vite (« j’en ai marre, ta chambre est déjà en désordre alors que je viens de passer 2 heures à la ranger, tu ne respectes pas mon travail… »). Mais une partie de nous peut aussi culpabiliser de nous énerver aussi vite (« je devrais garder mon calme, j’en ai assez de crier sur mon enfant « ). Il faut alors prendre le temps de s’écouter et de faire une sorte de dialogue intérieur pour mieux comprendre ce qui nous énerve (« je manque de temps pour moi, et j’ai besoin que mon travail soit respecté et je ne veux plus avoir l’impression de perdre mon temps« ).  On doit alors nous pardonner cette énervement (« je suis humain ») et trouver ce qui nous soulagerai (« j’ai besoin de prendre quelques heures pour moi pour me sentir moins surmené ») . Ainsi, on se met dans les bonnes conditions pour nous adresser à l’autre sans risquer de dire des choses que l’on va regretter.

L’écoute active

Lorsque l’on utilise la CNV, on est amené à faire de l’écoute active, une autre révélation pour moi. Il s’agit d’écouter avec bienveillance, sans jugement et avec une empathie sincère, ce que nous dit l’autre.

Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants, qui illustre le pouvoir de l’empathie et de l’écoute active. Lorsque quelqu’un s’exprimant en mode chacal est écouté sincèrement avec bienveillance, sa colère s’apaise instantanément.
Dessin affiché dans la yourte de la médiation de la Ferme des Enfants qui illustre le processus d’écoute active.

Par exemple, si quelqu’un vient nous raconter une difficulté, au lieu de le rassurer, de lui proposer une solution ou d’essayer de lui changer les idées, on va tout simplement l’écouter sincèrement, reformuler ses paroles pour être sûr d’avoir bien compris, parfois le paraphraser un peu. Le but est que la personne sache qu’elle est écoutée et comprise. On peut ainsi l’amener à aller plus loin dans sa réflexion afin qu’elle trouve l’origine profonde de son problème. En agissant de la sorte, la personne est bien souvent capable de trouver seule la solution à son problème (qui peut parfois être bien plus complexe qu’on ne l’aurait imaginé au départ). C’est très gratifiant d’être capable de résoudre ses propres problèmes. Et souvent les entendre dans la bouche de quelqu’un d’autre nous aide à réaliser quel est le vrai problème, cela nous aide à relativiser et à mettre en perspective notre situation.

Attention aux obstacles à l’écoute active et empathique 

Lorsqu’un proche nous expose un problème, on est parfois tenté de l’aider de différentes façons (donner un conseil, parler de notre propre expérience, lui changer les idées, le rassurer). Bien qu’elles nous semblent utiles et qu’elles partent de bonnes intentions, ces « réponses » vont parfois avoir l’effet inverse. Durant la formation, on a reçu une liste de ce que Rosenberg appelle des « obstacles à la communication empathique ». Il s’agit de réactions qui ne reposent pas sur une empathie sincère et qui ne vont pas forcément aider l’autre à se sentir mieux ou du moins écouté.

En voici des exemples :

Tiré du livre de Marshall Rosenberg « Les mots sont des fenêtres (ou ce sont des murs) ».

 


Je comprends enfin pourquoi, parfois, lorsque que je veux discuter d’un problème et que l’on me coupe pour me proposer une solution toute prête, je me sens frustrée. J’ai alors le sentiment de ne pas avoir été écoutée et de ne pas être vraiment capable de sortir de mon problème. La plupart du temps, il suffit de quelqu’un qui tend l’oreille et qui nous accompagne simplement et de manière bienveillante dans notre réflexion pour que tout se décoince.

Durant le stage, on a fait quelques mises en situation tirées de l’expérience des stagiaires. J’ai moi-même exposé ma situation conflictuelle avec ma plus grande qui fondait en larmes à chacune de mes demandes (du type : peux-tu t’habiller, te laver les dents, aller faire pipi…). On a joué la situation telle qu’elle se passe habituellement. Une stagiaire s’est mise dans la peau de ma fille (merci Géraldine !!) et m’a exposé son ressenti face à mes demandes et mon attitude. Après discussion des besoins de chacun (les miens et ceux de ma fille), on a rejoué la scène en langue girafe (la langue de la CNV).

L’exercice d’empathie que cela m’a demandé m’a fait réalisé ce que j’imposais à ma fille, ce qu’elle pouvait ressentir et à quel point il était simple de dénouer une situation qui me semblait insoluble car ancrée dans une habitude.

Je suis ainsi passée de mes pensées en langue chacal « Ma fille ne veut rien faire par elle même, elle régresse, elle est tout le temps de mauvaise humeur, elle veut me faire tourner en bourrique, me fait perdre du temps » à une compréhension empathique en mode girafe « ma fille a besoin de remplir son réservoir affectif avec moi, la présence de son petit frère et le fait que je m’en occupe beaucoup, lui provoque une sensation de manque. »

En prenant le temps de me poser avec elle, de faire les câlins qu’elle me demandait avec une vraie présence et une intention totalement tournée vers elle, j’ai pu comblé son besoin de tendresse (et le mien) et mon besoin de calme. »

 Une fois que l’on a gouté à cette façon de donner et de recevoir une écoute empathique, on a très envie de la pratiquer au quotidien, même si ce n’est pas toujours facile surtout avec les personnes qui nous sont le plus proches. 


 

Notez que la CNV se pratique même avec des personnes qui ne connaissent pas du tout la technique. Il suffit alors de prendre le temps de les écouter sincèrement avant d’exposer vos propres émotions et besoins.

Et vous, pratiquez-vous l’écoute active et la communication non-violente ? Avez-vous l’impression que cet outil pourrait-vous être utile dans votre quotidien ?

3 réponses sur “Ma semaine à la Ferme des Enfants (Deuxième épisode) : La Communication Non Violente”

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